Réalisateur mondialement célèbre, Esteban Martínez revient en Espagne pour tourner son nouveau film. Il en offre le rôle principal à une jeune actrice inconnue : sa fille, qu’il n’a pas vue depuis treize ans. La jeune femme accepte cette incroyable opportunité, mais sait qu’à l’occasion de ce tournage, elle va se confronter à un homme qu’elle n’a jamais pu considérer comme un père. Le poids du passé menace de rouvrir leurs blessures.

Entretien avec le grand génie Rodrigo Sorogoyen
Du dragueur de Stockholm au Politicien d’EI Reino en passant par les policiers de Que dios nos perdone ou les paysans d’As Bestas, vos films ont pour la plupart abordé la question de la masculinité. L’Être Aimé reste celui qui s’attaque plus précisément à ce sujet…
Je n’y avais pas pensé mais c’est une bonne observation. Il y a clairement des sujets récurrents dans mes films, mais c’est sans doute plus dû à mon ressenti de l’époque qu’une volonté consciente. Il reste certain qu’en prenant de la distance, on retrouve le thème de la masculinité toxique à un niveau ou un autre dans Stockholm, Que dios nos perdone, El Reino,la série Antidisturbios ou bien sûr As Bestas. Pour autant avec L’Être Aimé, Isabel Peña et moi n’avons pas voulu en faire le sujet central.
L’Être Aimé nous offre l’une des plus belles scènes d’ouverture de ces dernières années, une ouverture fascinante, directe, radicale sur une histoire qui tente désespérément de réparer les erreurs du passé, des absences silencieuses regrettées beaucoup trop tard.
Père et fille se retrouve à table dans un restaurant, timidement ils font semblant d’être heureux de se revoir mais les échanges sont virulents,la caméra de Sorogoyen film la fragilité des émotions dans les yeux des deux protagonistes, nous arrivons presque à entendre leurs battements de cœur qui accélèrent, la colère qui essaye de déstabiliser cet instant précieux, l’espoir qui lui barre le chemin car la lumière d’une deuxième chance se trouve à quelques pas avec comme mission soigner les blessures du passé qui font tant souffrir.
Le cinéma peut-il soigner ? A-t-il cette légitimité auprès du public qui lui accorde sa confiance le temps d’un film ?

Le cinéma de Sorogoyen possède cette puissance intense qui analyse, question et libère ses personnages ainsi que son public des préjugés, il nous met à nu face à nos choix, une sorte de thérapie de groupe le temps d’une projection.
La signature du cinéaste se remarque instantanément dans sa mise en scène très intense, fascinante de précision, et cela débute dès une introduction onirique sublime, qui restera longtemps gravée dans nos mémoires et magnifiquement avant-coureur de ce que le spectateur s’apprête à vivre.
Javier Bardem une fois de plus prouve son génie artistique, un jeu puissant, poignant de maîtrise, il puise sa force dans une volonté profondément ancrée dans une longue et glorieuse expérience cinéma, magnétique, irrésistible, tout le long de la projection il reste le maître de son personnage, une robustesse d’interprétation rarement aperçue au cinéma.
À ses côtés dans le rôle de sa fille, la sublime actrice espagnole Victoria Luengo crève l’écran dans un jeu très appuyé sur un passé trouble qui sans cesse refait surface face à son père, une interprétation juste et délicate sans jamais sortir des sentiers battus.

L’Être Aimé un chef-d’œuvre du cinéma espagnol qui parvient sans peine à nous tenir en haleine et nous touche en plein cœur, un long-métrage audacieux et inspirant qui explore avec intelligence la face sombre de la complexité des longues absences répétées et la lente évolution de la reconstruction.
Informations Pratiques :
Titre : L’Étre Aimé
De : Rodrigo Sorogoyen
Avec : Javier Bardem, Victoria Luengo, marina Foïs
Genre : Drame
Durée : 2h15
Date de sortie au cinéma : 16 mai 2026
Distributeur : Le Pacte
Mitra Etemad