Tourné de nuit sur les toits de Tel-Aviv, le documentaire expose les systèmes d’intelligence artificielle et de ciblage de l’armée israélienne ( Lavander, Homeland, Where’s Daddy) à Gaza, en s’appuyant sur le témoignage de 24 lanceur d’alerte anonyme de Tsahal.
Récompense : Prix spécial du jury à la Mostra de Venise 2026 ( Biennale Cinéma 2026).

À la demande des réalisateurs, le film sera proposé gratuitement sur theguardien.com fin novembre. Pour respecter la chronologie des médias en vigueur en France, le film sera donc exploité dans le cadre d’un visa exceptionnel de 500 séances sur deux jours. Ce système permet une sortie en salle de cinéma, suivie d’une mise en ligne peu de temps après.
The Guardian ( producteur du film) et mk2 Films ( ventes internationales) annoncent que le film sortira également en salles dans plus de 50 pays, à partir du 28 septembre. NAZA a remporté le prix du jury à la Mostra de Venise.
Avec NAZA, Yuval Abraham et Rachel Szor ne cherchent pas à produire un documentaire confortable. Leur film nous enferme dans une parole glaçante : celle d’anciens membres du renseignement et de l’armée qui racontent, sous couvert d’anonymat, les mécanismes utilisés pour identifier et frapper des cibles à Gaza.
Le choix est radical. On ne voit presque jamais les visages de ceux qui parlent. Les voix sont transformées, les silhouettes dissimulées. Et paradoxalement, cette absence rend leur témoignage encore plus lourd. Le spectateur n’a pas de visage auquel s’accrocher : seulement des mots des procédures, des chiffres et la description d’une violence devenue administrative.

C’est probablement là que le film est le plus puissant. NAZA ne montre pas seulement les conséquences de la guerre ; il s’intéresse à ce qui se passe avant que la bombe tombe. À la manière dont une personne peut devenir une donnée, une maison une coordonnée, une famille une estimation de « pertes acceptables ». Le film montre ainsi comment le langage technologique et militaire peut finir par rendre l’inhumain presque banal.
Pour le spectateur attaché à la cause palestinien, le documentaire est particulièrement difficile à regarder. Il donne à entendre, depuis l’intérieur du système qui frappe Gaza, des récits qui viennent confirmer ce que les Palestiniens racontent depuis des années : derrière les images de bâtiments détruits et de familles endeuillés, il existe une organisation des décisions et des choix humains.
Mais NAZA possède aussi une limite importante, et elle mérite d’être soulignée. Les Palestiniens sont au centre du sujet, mais leurs voix sont absentes du film. Ce sont leurs vies, leurs maisons et leurs proches qui sont décrits par ceux qui Les surveillent ou les ciblent, sans qu’ils puissent eux-mêmes raconter ce qu’ils vivent.
Cela oblige à regarder NAZA comme une pièce du puzzle, et non comme la totalité de l’histoire palestinienne. La parole des victimes ne devrait jamais devenir secondaire simplement parce que celle des responsables ou des témoins internes est plus difficile à obtenir.
Il y a également une continuité frappante avec No Other Land, réalisé par Abraham et Szor avec Basel Adra et Hamdan Ballal. Dans ce précédent film, la caméra était au plus près des villages palestiniens de MasaferYatta et de leur lutte contre les expulsions et les destructions. NAZA change de point de vue: il regarde cette fois la mécanique depuis l’autre côté. Et c’est peut-être cette complémentarité qui rend les deux films particulièrement importants.
NAZA tente de montrer comment certaines décisions sont prises avant que la violence n’atteigne ceux qui la subissent. Le film n’est donc pas seulement un documentaire de guerre. C’est un film sur la déshumanisation , on ressort avec peu de réponses rassurantes, mais avec une question qui reste longtemps en tête : à partir de quel moment une société cessera-t-elle de considérer les victimes comme des chiffres ?
Et c’est précisément parce que le film refuse de rendre cette question confortable qu’il mérite d’être vu, mais aussi discuté, critiqué, et complété par les voix palestiniennes elles-mêmes.
Informations Pratiques :
Titre : NAZA
De : Yuval Abraham, Rachel Szor
Genre : Documentaire
Durée : 1h17
Distributeur : MK2 Films
Date de sortie au cinéma : 12 & 13 octobre 2026
Mitra Etemad