Il y a les histoires que l’on raconte pour rire, celles qui font frissonner autour d’un feu de camp et celles que l’on regrette d’avoir lues juste avant de se coucher. Pour Halloween, TrendysLeMag vous invite dans une autre catégorie : celle des récits qui commencent presque normalement, puis dérapent au moment où l’on s’y attend le moins. Une maison silencieuse, un message vocal reçu en pleine nuit, une vieille photographie… Rien de très inquiétant, en apparence. Jusqu’à la dernière phrase.

Installez-vous confortablement. Vérifiez que la porte est bien fermée. Et si vous entendez un bruit dans le couloir, attendez peut-être quelques secondes avant d’aller voir.
Ces trois histoires sont des fictions originales. Toute ressemblance avec des personnes ou des événements réels serait fortuite.
1. La chambre du fond

Quand Élise avait acheté cette vieille maison à la campagne, l’agent immobilier lui avait parlé du parquet d’époque, des cheminées en marbre et du jardin qui fleurissait au printemps. Il avait oublié de mentionner la chambre du fond.
Elle était située au bout du couloir du premier étage, derrière une porte en bois sombre. La serrure avait été retirée, mais la poignée résistait. Élise avait essayé de l’ouvrir le jour de son emménagement, sans succès. Elle avait finalement décidé de ne pas insister. Après tout, elle avait déjà trois chambres à rénover et suffisamment de cartons à déballer.
La première nuit, elle fut réveillée par trois coups.
Toc. Toc. Toc.
Elle regarda son téléphone : 3 h 17.
Elle pensa d’abord à une branche contre la fenêtre. Mais les coups venaient du couloir.
Elle se leva, entrouvrit sa porte et alluma la lumière. Le couloir était vide. Au bout, la porte sombre semblait plus noire encore que les murs autour d’elle.
Elle retourna se coucher.
La nuit suivante, à 3 h 17 précises, les trois coups recommencèrent.
Cette fois, Élise s’approcha de la porte du fond. Elle posa la main sur la poignée.
— Il y a quelqu’un ?
Le silence lui répondit.
Puis, de l’autre côté, une petite voix murmura :
— Maman ?
Élise recula brusquement. Elle n’avait pas d’enfant. Elle vivait seule.
Le lendemain matin, elle appela un serrurier. Il arriva en fin d’après-midi, examina la serrure et finit par faire céder le mécanisme. La porte s’ouvrit sur une petite chambre vide, couverte de poussière. Il n’y avait ni fenêtre ni meuble, seulement des traces rectangulaires sur le papier peint, comme si un lit et une armoire avaient longtemps occupé la pièce.
Élise souffla, presque honteuse de sa peur.
Le soir, elle s’endormit épuisée.
À 3 h 17, trois coups la réveillèrent.
Toc. Toc. Toc.
Cette fois, ils venaient de l’intérieur de sa chambre.
Elle se redressa lentement. Dans la pénombre, une petite silhouette se tenait au pied de son lit.
Et la voix murmura :
— Maman, pourquoi tu m’as laissée dans le noir ?
Élise alluma sa lampe.
Il n’y avait personne.
Mais, sur la porte de sa chambre, trois petites empreintes de mains venaient d’apparaître dans la poussière.
2. Le message vocal

Thomas avait l’habitude de recevoir des messages de sa sœur Clara à n’importe quelle heure. Une photo de son chat, une remarque sur leur mère, une chanson qu’elle venait de découvrir… Rien d’inhabituel.
Ce soir-là, à 23 h 48, son téléphone vibra sur la table de nuit.
Clara — message vocal, 7 secondes.
Il lança la lecture.
Au début, il n’entendit qu’un souffle. Puis la voix de sa sœur, très basse, presque étranglée :
— Thomas, quoi que tu entendes cette nuit, n’ouvre pas la porte.
Le message s’arrêtait là.
Il rappela immédiatement. Messagerie.
Il lui envoya un texto : Tu plaisantes ? Qu’est-ce qui se passe ?
Aucune réponse.
Thomas savait que Clara était partie trois jours dans une maison louée en pleine campagne. Elle lui avait envoyé une photo de la façade le matin même. Il se souvenait de la petite allée bordée d’arbres et des volets bleus.
Il regarda l’heure : 23 h 51.
Puis quelqu’un frappa à sa porte.
Trois coups lents.
Thomas se figea.
Il vivait au quatrième étage d’un immeuble parisien. Il n’attendait personne.
On frappa de nouveau.
— Thomas ? C’est moi.
La voix de Clara.
Il s’approcha de la porte sans allumer la lumière du couloir.
— Clara ?
— Ouvre, s’il te plaît. J’ai froid.
Il posa la main sur la serrure, puis se rappela le message.
Quoi que tu entendes cette nuit, n’ouvre pas la porte.
Il recula.
— Prouve-moi que c’est toi, dit-il.
Un silence.
Puis la voix reprit, plus doucement :
— Tu te souviens de notre cabane dans le jardin ? Quand on était petits ? Tu avais cassé la vitre et tu m’avais fait promettre de ne rien dire à maman.
Thomas sentit son ventre se nouer. Personne d’autre ne connaissait cette histoire.
La poignée bougea.
— Thomas, ouvre. Je sais que tu es là.
Il prit son téléphone et appela la police. Pendant qu’il parlait à l’opératrice, les coups cessèrent. Des pas s’éloignèrent dans le couloir.
Dix minutes plus tard, il reçut un appel de Clara.
Cette fois, il décrocha immédiatement.
— Thomas ? Tu vas bien ?
Sa voix était claire, vivante, parfaitement normale.
— Où es-tu ?
— Dans la maison de campagne. Pourquoi ?
Il lui raconta tout. Elle se tut, puis lui expliqua qu’elle n’avait envoyé aucun message vocal ce soir-là. Son téléphone était resté éteint depuis le dîner, faute de batterie.
Thomas ouvrit l’application. Le message avait disparu.
Il ne dormit pas de la nuit.
Le lendemain matin, il consulta l’historique des appels et les notifications. Rien. Il finit par se convaincre qu’il avait rêvé, ou confondu deux messages.
À 23 h 48, le téléphone vibra de nouveau.
Un nouveau message vocal.
Sept secondes.
Il appuya sur lecture.
Cette fois, la voix n’était pas celle de Clara.
C’était la sienne.
— Thomas, quoi que tu entendes cette nuit, n’ouvre pas la porte.
Au même instant, quelqu’un frappa de l’autre côté.
3. La photographie

Lorsque sa grand-mère mourut, Marion hérita d’une boîte en fer remplie de photographies anciennes. Des vacances à la mer, des repas de famille, des portraits en noir et blanc… Toute une vie rangée dans des enveloppes jaunies.
Un dimanche pluvieux, elle s’installa dans le salon pour les trier.
Elle reconnut sa mère enfant, son grand-père devant une voiture ancienne, sa grand-mère dans une robe à fleurs. Puis elle tomba sur une photographie qu’elle n’avait jamais vue.
La famille posait devant la maison où Marion avait grandi. Elle avait sept ou huit ans. Sa mère souriait, son père tenait une main sur son épaule et son frère se tenait à côté d’eux.
Tout semblait normal.
Sauf la silhouette dans l’escalier.
Une femme se tenait derrière la fenêtre du premier étage. Elle portait une robe sombre et regardait droit vers l’objectif. Son visage était flou, comme si elle avait bougé au moment de la prise de vue.
Marion retourna la photographie.
Au dos, une date avait été inscrite au stylo : 31 octobre 1998.
Elle frissonna. Ce jour-là, elle s’en souvenait vaguement. C’était Halloween. Son père avait pris une photo de famille avant de les emmener chez des voisins.
Mais qui était cette femme ?
Elle appela sa mère.
— Tu te souviens de cette photo ?
Un silence au bout du fil.
— Où l’as-tu trouvée ?
— Dans les affaires de mamie. Qui est la femme à la fenêtre ?
Sa mère lui demanda de décrire la photographie, puis raccrocha en prétextant un problème de réseau.
Marion rappela. Pas de réponse.
Le soir, elle posa la photo sur sa table de nuit. Elle avait besoin de la regarder encore une fois avant de dormir.
À minuit, son téléphone vibra. Un message de sa mère :
Ne garde pas cette photo. Je t’expliquerai demain.
Marion se redressa. Elle agrandit l’image avec ses doigts. La silhouette semblait plus nette que dans son souvenir. Elle distinguait maintenant les traits d’un visage, deux mains posées contre la vitre.
Puis elle remarqua un détail.
La fenêtre derrière laquelle se tenait la femme n’existait plus. Lors de la rénovation de la maison, des années auparavant, elle avait été murée. Marion se rappelait les travaux, le bruit des marteaux, les ouvriers qui avaient posé les briques.
Elle se leva pour chercher une loupe dans le tiroir du bureau.
Lorsqu’elle revint, la photographie était tombée face contre la table.
Elle la retourna.
La femme n’était plus à la fenêtre.
Elle se tenait désormais dans l’escalier, juste derrière la famille.
Marion sentit ses doigts devenir froids. Elle posa la photo et recula jusqu’au mur.
Son téléphone vibra encore.
Un dernier message de sa mère :
Marion, écoute-moi bien. La femme sur la photo, c’est ta tante Louise. Elle est morte dans cette maison en 1998. Mais ce n’est pas elle qui me fait peur.
Un second message arriva aussitôt.
Regarde la petite fille, à gauche de ton père.
Marion fixa l’image.
Elle se reconnut immédiatement. Ses cheveux, sa robe, le petit ruban dans ses cheveux.
Puis elle remarqua que la petite fille ne regardait pas l’objectif.
Elle regardait la femme dans l’escalier.
Et, dans sa main, elle tenait un téléphone portable.
Un téléphone qui n’existait pas encore en 1998.
Alors, laquelle vous a fait le plus peur ?

Une chambre où quelqu’un semble attendre dans le noir, un message vocal venu de nulle part ou une photographie qui change quand on détourne les yeux… Chaque histoire laisse derrière elle une question à laquelle on préférerait ne pas répondre.
Et si le plus inquiétant n’était pas ce que l’on voit, mais ce que l’on croit avoir vu ?
Pour Halloween, racontez ces histoires à la lumière d’une lampe de poche, partagez-les avec vos proches ou gardez-les pour vous, juste avant de dormir. Mais si, cette nuit, trois coups résonnent dans le couloir à 3 h 17, prenez peut-être le temps de regarder l’heure avant d’ouvrir.
Joyeux Halloween… et bonne nuit.
Sophie TAGEL