Cinéma : Pordenone à la Fondation Pathé

Découvrez les trésors du cinéma muet à la Fondation Pathé du 11 novembre au 1er décembre 2026 : films rares, divas et chefs-d’œuvre restaurés de Pordenone.

Une sélection exceptionnelle des Giornate del Cinema Muto

Du 11 novembre au 1er décembre 2026
À la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, Paris 13e

En présence de Jay Weissberg, directeur des Giornate del Cinema Muto, du 17 au 20 novembre.

Programmation : Jay Weissberg et Samantha Leroy


Le cinéma muet n’a pas fini de nous surprendre

Après quarante-cinq éditions, les Giornate del Cinema Muto de Pordenone continuent de démontrer qu’il reste encore bien des trésors à découvrir dans les archives cinématographiques du monde entier.

Comme chaque année, une sélection de films présentés lors de l’édition 2026 du festival, qui s’est tenue du 3 au 10 octobre dernier, investit la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, du 11 novembre au 1er décembre.

Au programme : des films audacieux, des pitreries réjouissantes et un hommage à l’incroyable créativité des années 1910 et 1920. Des œuvres parfois oubliées, sauvées de l’oubli grâce au travail passionné des archivistes et des restaurateurs.

Cette édition met notamment à l’honneur le cinéma allemand de 1919-1920, à une époque où l’absence de censure permettait aux écrans d’aborder des sujets particulièrement transgressifs : luxure, prostitution, drogue ou avortement. Le public pourra également découvrir la nouvelle restauration de Genuine, de Robert Wiene.

Les grandes divas du cinéma muet seront aussi au rendez-vous, avec Italia Almirante Manzini et Pola Negri, tandis que plusieurs raretés signées Marshall Neilan ou Léonce Perret viendront enrichir la programmation.

Le cycle s’achèvera avec Douglas Fairbanks dans une sublime restauration de Don X, fils de Zorro.

Toutes les projections seront accompagnées en direct au piano par les talentueux musiciens de la classe d’improvisation de Jean-François Zygel.

[Découvrir les fiches des films projetés]

Don X, fils de Zorro de Donald Crisp (1925) © Droits réservés


Des trésors du cinéma muet encore à découvrir

On se demande souvent si, après quarante-cinq éditions, les Giornate del Cinema Muto ont déjà projeté la plupart des films muets dignes d’être vus. La réponse est un « non » catégorique.

Il reste encore tant à découvrir, comme le prouve la sélection de cette année. Il suffit de regarder au-delà du canon traditionnel pour découvrir les richesses qui subsistent dans les archives du monde entier, dont la plupart existent grâce à la passion des archivistes et des conservateurs de films, véritables héros du cinéma, qui travaillent avec détermination malgré un sous-financement chronique et un paysage médiatique généralement indifférent aux films réalisés avant l’ère du cinéma parlant.

Pourtant, un simple coup d’œil au programme présenté à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé suffit à susciter l’enthousiasme : thèmes audacieux, pitreries ludiques et appréciation renouvelée de l’étonnante créativité des années 1910 et 1920.

Weimar sans censure : quand le cinéma brisait les tabous

Nous pensons bien connaître le cinéma de Weimar. Pourtant, cette certitude s’effrite dès que l’on découvre l’une des sections majeures de cette édition : « Weimar sans censure. Tabous et transgressions dans le cinéma allemand, 1919-1920 ».

Dans le chaos qui a immédiatement suivi la défaite de l’Allemagne lors de la Première Guerre mondiale, la censure fédérale a cessé d’exister. Une situation qui a entraîné une véritable explosion de films abordant la luxure, la prostitution, Satan, la toxicomanie ou encore l’avortement.

Généralement réalisés par des cinéastes et interprétés par des acteurs et actrices dont les noms ont disparu de la mémoire collective, ces films témoignent d’une nation qui tentait de donner un sens à un monde où liberté et retenue s’affrontaient quotidiennement dans les rues des villes.

The Girl at Home de Marshall Neilan (1917) © Droits réservés

Dans Die Teufelskirche, une femme sensuelle vend son âme au diable pour avoir un enfant, tandis que le désir d’un pasteur de se doter d’une nouvelle église l’empêche de mesurer les conséquences de son alliance avec le mal.

L’intrigue de Heddas Rache est encore plus surprenante : elle met en scène une jeune femme qui cherche à se venger de l’homme qui a contraint sa mère à se prostituer.

Proto-féministe dans sa représentation d’une femme qui se rebelle contre sa condition de victime, le film a suscité une vive polémique lors de sa sortie. Les projections furent même interrompues par des miliciens d’extrême droite armés de revolvers. Le journal berlinois Freiheit rapportait alors, le 25 juillet 1919 : « Depuis quand les troupes de volontaires sont-elles reconnues comme protectrices de la moralité ? »

Cette section sera complétée par la nouvelle restauration, réalisée par le Filmmuseum de Munich, de Genuine, de Robert Wiene. Une rêverie expressionniste dans laquelle Fern Andra incarne une vampire lubrique assoiffée du sang d’hommes séduisants.

Genuine de Robert Wiene (1920) © Droits réservés

Italia Almirante Manzini, une diva à redécouvrir

La programmation poursuit la série inaugurée l’année dernière autour de la diva italienne Italia Almirante Manzini, avec deux nouveaux films.

D’abord La grande passione (1922), une histoire de rivalité amoureuse magnifiquement interprétée, puis la superproduction L’arzigogolo (1924), distribuée en France sous le titre La Belle Dame sans pitié.

Récemment restauré à partir d’une copie découverte au Brésil et d’une autre en Italie, ce film médiéval extravagant séduit par ses costumes remarquables et son récit enjoué, qui doit beaucoup à Boccace.

Toujours du côté du cinéma italien, deux productions de Film d’Arte Italiana complètent cette sélection : Stellina, la pêcheuse de Venise (1912), remarquable pour ses magnifiques couleurs réalisées au pochoir, et Le Roman de Magdalena (1913), tourné au milieu des monuments de Rome.

Les prises de vues en extérieur jouent également un rôle essentiel dans la coproduction germano-italienne Villa Falconieri (1928), réalisée par Richard Oswald.

Italia Almirante dans L’Arzigogolo (1923) © Droits réservés

Des pépites venues d’ailleurs

Direction le Nord avec Gyurkovicsarna (1920), une charmante adaptation suédoise d’un roman hongrois. Réalisé par John A. Brunius, le film met en vedette son épouse Pauline Brunius, qui a également participé à l’écriture du scénario aux côtés du célèbre acteur Gösta Ekman.

Marshall Neilan, le réalisateur qui fascinait Hollywood

Gloria Swanson qualifiait Marshall Neilan d’« homme le plus envoûtant d’Hollywood ». Mais le cinéaste était bien plus qu’une personnalité fascinante : c’était un excellent réalisateur, particulièrement apprécié de ses acteurs et de son équipe.

Deux raretés seront présentées : The Girl at Home (1917), avec Jack Pickford, et Diplomacy (1926), adaptation de la pièce Dora de Victorien Sardou, dans laquelle joue Blanche Sweet, l’épouse de Neilan.

Diplomacy de Marshall Neilan (1926) © Droits réservés

Léonce Perret et Pola Negri : deux figures à l’honneur

Les relations franco-américaines occupent une place centrale dans la nouvelle et splendide restauration de N’oublions jamais !, réalisée par la Cinémathèque française.

Dans ce film de Léonce Perret, Rita Jolivet revient sur son expérience poignante à bord du Lusitania.

Pierre Simonot écrivait dans Hebdo-Film : « Quant à sa valeur, on le considère comme le summum de la perfection cinématographique » (6 juillet 1918).

Une autre grande diva sera également célébrée : Pola Negri. Un fragment de Die Marchesa d’Armiani, film de 1920 aujourd’hui en grande partie perdu, permettra de retrouver la grâce féline et la présence physique exceptionnelle de la star.

Douglas Fairbanks pour clôturer en beauté

Enfin, place à l’aventure et à la joie pure du cinéma de cape et d’épée avec Don X, fils de Zorro (1925).

Douglas Fairbanks, au sommet de son énergie, y déploie tout son talent dans une restauration éclatante réalisée par le Danske Filminstitutet.

Un critique du journal danois Aftenbladet (15 septembre 1925) saluait alors le pur brio visuel de l’acteur en faisant remarquer : « Les films parlants ne sont, après tout, encore qu’un mythe ».

Deux ans plus tard, le mythe devint réalité et une nouvelle génération de dieux fit son apparition. Mais la puissance de l’ancien panthéon, elle, n’a pas faibli.


Texte de Jay Weissberg, directeur des Giornate del Cinema Muto.


Informations pratiques

Pordenone à la Fondation Pathé – Sélection des Giornate del Cinema Muto

Dates : du 11 novembre au 1er décembre 2026

Lieu : Fondation Jérôme Seydoux-Pathé
73, avenue des Gobelins, 75013 Paris

Présence de Jay Weissberg : du 17 au 20 novembre 2026

Site officiel : http://www.fondation-jeromeseydoux-pathe.com/

Tarifs

Billet couplé : une séance de cinéma et accès aux espaces d’exposition.

  • Tarif plein : 7 €
  • Tarif réduit : 5,50 €
  • Moins de 14 ans : 4,50 €
  • Carte 5 places (valable 3 mois) : 20 €

Horaires

  • Mercredi et jeudi : 14h – 19h
  • Mardi et vendredi : 14h – 20h30
  • Samedi : 11h30 – 19h

Infos Recueillies par Mitra Etemad

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Auteur : TrendysLeMag

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