Comment donner à son enfant le goût de l’art — sans jamais lui faire subir une visite de musée

Et si l’éducation artistique commençait bien avant les dates, les mouvements artistiques et les noms célèbres ? Avant même de savoir qui est Picasso ou Monet, un enfant peut apprendre à regarder, à s’étonner, à donner son avis et surtout à créer. Musée, atelier, street art, dessin libre, photographie ou architecture : voici comment faire entrer l’art dans sa vie sans jamais le transformer en devoir scolaire.

Il y a une scène que beaucoup de parents connaissent : on entre dans un musée avec son enfant, on lui demande de regarder un tableau, on commence à expliquer qui l’a peint, à quelle époque et pourquoi il est célèbre… et trois minutes plus tard, l’enfant demande : « Quand est-ce qu’on part ? »

Faut-il en conclure qu’il n’aime pas l’art ?

Pas forcément.

Peut-être lui demande-t-on simplement de commencer par le mauvais endroit.

Car avant de connaître l’histoire de l’art, il faut apprendre à regarder. Avant de reconnaître un mouvement artistique, il faut pouvoir dire « j’aime » ou « je n’aime pas ». Et avant de comprendre comment un artiste crée, il faut avoir soi-même eu le droit d’essayer.

L’initiation artistique d’un enfant pourrait donc suivre une logique très simple : regarder, ressentir, expérimenter, créer.

1. Apprendre à regarder avant d’apprendre à savoir

Devant une œuvre, la tentation est grande pour l’adulte de donner immédiatement les explications.

« C’est un Monet. »

« C’est du cubisme. »

« Picasso a peint cela en… »

Pourtant, la première question pourrait être beaucoup plus simple :

« Qu’est-ce que tu vois ? »

Puis :

« Quelle couleur remarques-tu en premier ? »

« Qu’est-ce qui te plaît ? »

« Qu’est-ce qui te paraît étrange ? »

« Que pourrait-il se passer dans cette scène ? »

« Si tu pouvais entrer dans ce tableau, où irais-tu ? »

Ces questions ont une vertu essentielle : elles ne demandent pas à l’enfant de connaître la réponse. Elles lui demandent d’observer.

Et c’est probablement la première compétence artistique à développer.

2. Ne pas chercher à faire tout le musée

Avec un enfant, une visite réussie n’est pas forcément celle qui permet de parcourir toutes les salles.

Trois œuvres peuvent suffire.

On peut même instaurer une petite règle : chacun choisit son œuvre préférée.

Le parent explique ensuite pourquoi il a choisi la sienne et l’enfant explique la sienne.

Il peut préférer une toile inconnue à un chef-d’œuvre mondialement célèbre. Il peut trouver une sculpture amusante et une autre absolument incompréhensible.

C’est très bien.

L’objectif n’est pas de lui apprendre à avoir les « bons » goûts.

C’est de lui permettre de construire les siens.

3. Choisir des lieux où l’enfant devient acteur

Certains lieux culturels ont parfaitement compris cette nécessité et proposent désormais une médiation qui associe observation et création.

À la Fondation Louis Vuitton, par exemple, les activités familiales sont pensées selon les âges : parcours pour les tout-petits, ateliers pour les 6-10 ans et propositions spécifiques pour les 11-14 ans. Les enfants peuvent observer les œuvres, dessiner, expérimenter des techniques et comprendre le processus de création.

L’idée est particulièrement intéressante : on ne demande pas simplement à l’enfant de comprendre l’œuvre ; on lui permet d’expérimenter quelque chose qui lui est lié.

Lors d’un atelier consacré à Calder, les 6-10 ans découvrent ainsi l’exposition par le jeu et l’observation avant de travailler sur l’art cinétique et le mouvement dans l’atelier.

C’est exactement ce qui peut transformer la perception du musée : l’enfant n’est plus seulement celui qui regarde ce que les adultes ont créé. Il devient lui-même créateur.

4. Faire de l’artiste un personnage avant d’en faire un chapitre d’histoire de l’art

Pour donner envie aux enfants de connaître les artistes, pourquoi ne pas commencer par leurs histoires ?

Picasso dessine très jeune dans un environnement artistique.

Matisse ne commence pas sa vie en se disant qu’il deviendra l’un des grands peintres du XXe siècle.

Van Gogh cherche longtemps sa voie.

Frida Kahlo transforme une période douloureuse de son existence en un immense territoire artistique.

Basquiat commence par créer dans l’espace urbain avant de devenir une figure majeure de l’art contemporain.

Louise Bourgeois transforme ses souvenirs, ses émotions et son histoire personnelle en sculptures et en installations.

Ces parcours racontent quelque chose de beaucoup plus intéressant qu’une succession de dates : les artistes ont eux aussi cherché, essayé, changé, douté et recommencé.

C’est un message particulièrement précieux pour un enfant.

Il n’a pas besoin de savoir dessiner parfaitement pour être créatif.

5. Installer un petit atelier à la maison

Pas besoin de transformer une pièce entière en atelier.

Une boîte ou un tiroir accessible peut suffire :

  • crayons ;
  • feutres ;
  • peinture ;
  • papiers de différentes textures ;
  • colle ;
  • ciseaux adaptés à l’âge ;
  • pâte à modeler ou argile ;
  • vieux magazines ;
  • cartons ;
  • ficelles ;
  • éléments ramassés dans la nature.

L’important est que l’enfant puisse commencer à créer sans avoir à attendre une activité organisée par un adulte.

Et surtout, ne lui donnez pas systématiquement un modèle à reproduire.

« Dessine exactement cette maison » produit souvent un résultat.

« Imagine une maison dans laquelle personne n’a jamais vécu » produit une idée.

6. Apprendre à ne pas avoir peur du « dessin raté »

C’est peut-être l’une des grandes leçons que l’art peut donner aux enfants.

Un dessin ne ressemble pas à ce que l’on voulait ?

Très bien.

On peut le recommencer.

Ou le transformer.

Ou le découper.

Ou ajouter quelque chose.

Ou décider qu’il est finalement intéressant comme ça.

L’enfant découvre alors une notion essentielle de la création : l’erreur peut devenir une étape du processus artistique.

C’est une idée que l’on retrouve chez de nombreux artistes : expérimenter suppose nécessairement de ne pas tout maîtriser immédiatement.

L’éducation artistique peut donc contribuer à construire quelque chose qui dépasse largement l’art : le goût de l’expérimentation.

7. Transformer une visite en expérience créative

Après une exposition, inutile de demander à l’enfant de raconter tout ce qu’il a appris.

On peut lui proposer une création.

Après avoir vu des portraits :

« Fais maintenant le portrait d’un personnage qui n’existe pas. »

Après une exposition consacrée à la couleur :

« Crée une image avec seulement trois couleurs. »

Après avoir observé une sculpture :

« Construis quelque chose qui tient en équilibre sans ressembler à une sculpture. »

Après avoir découvert une œuvre abstraite :

« Peux-tu dessiner une émotion sans dessiner de personnage ? »

On passe alors naturellement de l’œuvre regardée à l’œuvre imaginée.

8. Et si le musée était aussi dans la rue ?

L’éducation artistique peut commencer en sortant de chez soi.

Une promenade peut devenir une chasse aux images.

Repérer :

une façade originale ;

une sculpture ;

une affiche ;

une enseigne ;

un graffiti ;

une belle fenêtre ;

une ombre ;

une combinaison de couleurs ;

une forme architecturale.

On peut même jouer à « choisir la plus belle chose de la rue ».

Puis poser une question très simple :

« Pourquoi tu la trouves belle ? »

L’enfant commence ainsi à mettre des mots sur ses sensations.

Et c’est une formidable manière de développer son regard.

9. Ne pas réduire l’art au dessin

Certains enfants n’aiment pas dessiner.

Cela ne signifie absolument pas qu’ils ne sont pas créatifs.

Peut-être préfèrent-ils :

la photographie, parce qu’ils aiment cadrer ;

la construction, parce qu’ils aiment fabriquer ;

la mode, parce qu’ils aiment associer les couleurs et les matières ;

la musique, parce qu’ils pensent par les sons ;

la danse, parce qu’ils s’expriment avec leur corps ;

le cinéma, parce qu’ils aiment raconter des histoires ;

l’architecture, parce qu’ils aiment imaginer des espaces ;

la céramique, parce qu’ils aiment travailler la matière.

La création artistique possède une multitude de langages.

Le rôle du parent n’est donc pas forcément de trouver le talent de son enfant.

Il est plutôt de lui permettre de découvrir son langage.

10. Adapter l’approche à son âge

De 3 à 5 ans : regarder et raconter

À cet âge, privilégier les couleurs, les formes, les personnages et les histoires.

« Que fait cette personne ? »

« Quelle couleur préfères-tu ? »

« Que pourrait-il arriver ensuite ? »

Les activités sensorielles, les ateliers et les parcours contés sont particulièrement adaptés.

De 6 à 8 ans : jouer et expérimenter

L’enfant peut commencer à comparer les œuvres, à chercher des détails et à expérimenter différentes techniques.

On peut lui proposer un carnet de visite dans lequel il dessine ce qu’il observe.

De 9 à 12 ans : comprendre sans perdre le plaisir

C’est le bon moment pour commencer à raconter les artistes, les mouvements et les grandes périodes historiques.

Mais toujours en partant de l’œuvre.

D’abord regarder. Ensuite expliquer.

À partir de 12 ans : développer son propre regard

Avec les adolescents, on peut davantage discuter.

Pourquoi cette œuvre est-elle considérée comme importante ?

Pourquoi certains artistes ont-ils choqué leur époque ?

Qu’est-ce qui fait qu’une œuvre devient célèbre ?

L’adolescent peut aussi découvrir l’art contemporain, la photographie, le design, la mode ou le street art.

L’objectif n’est plus seulement de transmettre une culture artistique, mais de développer un esprit critique.

L’art comme école de liberté

Au fond, familiariser un enfant avec l’art ne consiste pas à fabriquer un petit connaisseur capable de reconnaître un Monet à dix mètres.

C’est lui donner progressivement la possibilité de dire :

« Je regarde. »

« Je ressens quelque chose. »

« Je ne comprends pas. »

« Je n’aime pas. »

« J’aime. »

« J’aimerais essayer. »

Et peut-être, un jour :

« Je vais créer quelque chose à mon tour. »

C’est aussi pour cette raison que les lieux culturels destinés au jeune public sont si intéressants. Certaines programmations vont jusqu’à proposer des expériences adaptées aux tout-petits : la Fondation Louis Vuitton organise par exemple des parcours sensoriels dès les premiers mois, tandis que le Centre Pompidou a développé, avec le centre d’initiation à l’art mille formes, des dispositifs destinés aux 0-6 ans.

L’idée est finalement beaucoup plus vaste que l’apprentissage de l’histoire de l’art.

Apprendre à regarder une œuvre, c’est apprendre à observer le monde.

Apprendre à créer, c’est comprendre que l’on peut aussi le transformer.

Et si c’était cela, au fond, la première véritable leçon d’art ?

Sophie TAGEL

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Auteur : TrendysLeMag

Blog Magazine Cinéma, Loisirs, Mode et Beauté.

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