Russie, 2022.
Gleb, chef d’entreprise prospère, vit avec sa femme Galina et leur fils dans une ville de Provence. Il se retrouve confronté à des problèmes professionnels croissants, dans un monde de plus en plus instable. L’effondrement d’une vie soigneusement construite bascule rapidement dans la violence.

Entretien avec le réalisateur
On n’a pas vu une seule image de vous depuis neuf ans et l’on sait que vous avez été gravement malade. Pouvez-vous nous dire comment se sont déroulées ces neuf années ?
Commençons par mon état de santé. À l’été 2021, emporté par la vague de la pandémie, je me suis retrouvé en réanimation avec 90% de lésions pulmonaires. J’ai été transporté en extrême urgence dans une clinique de Hanovre, en Allemagne, et ai été plongé dans un coma artificiel. J’en ai été extrait quarante jours plus tard et suis resté en rééducation dans cette clinique sans pouvoir du tout bouger pendant plusieurs mois, sans que je sente aucun de mes membres, c’est dans cet état que j’ai appris le déclenchement de la guerre en Ukraine. Ce fut un choc, une immense douleur et un profond désespoir.

Tout vos films abordent le domaine familiale et celui-ci se révèle généralement problématique. La famille est-elle pour vous une métaphore de la société russe ?
La famille est le rapport au monde le plus proche qui soit : le père, la mère, les autres membres de la famille, les enfants…C’est le sphère sociale dans laquelle nous sommes les plus proches de notre vrai « moi ». En société, nous pouvons porter des masques. En famille, nous endossons également, bien sûr, des rôles : celui du père, de l’épouse, de la mère… Néanmoins, c’est au sein même de la famille que nous sommes complètement nus.

Dans la mythologie grecque, le Minotaure est enfermé dans un labyrinthe construit par Dédale. Thesée parvient à le tuer grâce au fil d’Ariane. Le film détourne cette image : Gleb ressemble à un homme qui sait toujours trouver la sortie de labyrinthe. Il manipule les circonstances, utiles les autres et parvient à se protéger. Mais il ne sort jamais du véritable labyrinthe, celui de sa propre conscience. Il est à la fois celui qui semble maîtriser le labyrinthe et celui qui porte le monstre en lui.
Le film nous pose une question terrible : que reste-t-il d’une famille lorsque tout le monde sait, au fond que quelque chose d’irréparable s’est produit, mais que chacun choisit de continuer comme si de rien n’etait ?

Gleb a sauvé son entreprise, il a préservé son confort, il a évité les conséquences immédiates de son crime. Il conserve même sa famille en apparence . Mais à quel prix ?
Ce film laisse derrière lui tant de questions, tant de silences et une tristesse si particulière…C’est le genre d’histoire qui continue à nous habiter longtemps après le générique.
Informations Pratiques :
Titre : Minotaure
De : Andreï Zviaguintsev
Genre : Drame
Durée : 2h20
Distributeur : Les Films de Losange
Date de sortie au cinéma : 14 octobre 2026
Mitra Etemad