Derrière les robes de la reine Sirikit, il y avait des milliers de mains : comment une garde-robe royale a contribué à préserver les savoir-faire de la Thaïlande

Des robes qui scintillent, des soieries précieuses, des broderies d’une finesse folle… Au Musée des Arts Décoratifs, l’exposition « La Mode en majesté » pourrait n’être qu’une spectaculaire plongée dans la garde-robe d’une reine. Mais derrière les silhouettes de Sirikit se cache une histoire beaucoup plus vaste : celle d’une femme qui a voulu moderniser le vêtement thaïlandais, faire connaître ses textiles au monde et donner aux artisans les moyens de continuer à faire vivre leurs savoir-faire.

Si vous pensez entrer au MAD pour voir quelques jolies robes royales, préparez-vous à revoir votre copie.

Car ici, la robe n’est que le début de l’histoire.

Il faut regarder les étoffes. Les broderies. Les motifs. Les fils d’or. Les tissages. Les petits détails que l’on aperçoit derrière les vitrines.

Et surtout se demander : qui a fabriqué tout cela ?

Derrière une robe portée par une reine, il y a parfois des mois de travail. Des gestes transmis. Des techniques anciennes. Des villages. Des femmes qui tissent, brodent, cousent.

Et c’est précisément ce que raconte « La Mode en majesté. Haute couture et tradition à la cour de Thaïlande », présentée au Mad Paris jusqu’au 1er novembre 2026. L’exposition réunit plus d’une centaine de tenues et accessoires issus notamment de la collection royale et met en lumière les huit formes de costumes traditionnels thaïlandais développées sous l’impulsion de la reine Sirikit.

Une reine, un couturier et une drôle de question : comment habiller la Thaïlande ?

Nous sommes au début des années 1960.

La reine Sirikit accompagne le roi Rama IX dans ses déplacements officiels à travers le monde. Elle doit apparaître dans des réceptions, rencontrer des chefs d’État, assister à des cérémonies.

La question est simple en apparence : que porter lorsque l’on représente son pays à l’autre bout du monde ?

Sirikit aurait pu adopter simplement les codes de la mode occidentale.

Elle choisit une autre voie.

Elle souhaite que ses vêtements restent profondément liés à la culture thaïlandaise tout en étant suffisamment modernes pour accompagner ses voyages et son rôle international.

C’est dans ce contexte que commence son dialogue avec Pierre Balmain.

Le Musée des Arts Décoratifs rappelle que la reine entretient, à partir des années 1960, des relations étroites avec de grandes maisons françaises et européennes et que sa collaboration avec Balmain durera plus de trente ans.

Pierre Balmain entre en scène

Imaginez le choc des univers.

D’un côté, Paris et la haute couture : les coupes, les volumes, les constructions impeccables, l’exigence du vêtement sur mesure.

De l’autre, la Thaïlande et ses textiles : la soie, les brocarts, les tissages, les motifs traditionnels et les techniques artisanales.

L’idée n’est pourtant pas de faire disparaître l’un au profit de l’autre.

Au contraire.

La tradition thaïlandaise devient la matière première d’une nouvelle élégance.

Sous l’impulsion de Sirikit, le vêtement de cour évolue. Avec Balmain, les textiles et références thaïlandais trouvent une nouvelle expression, capable de dialoguer avec les codes de la couture internationale.

La reine participe également, avec une équipe d’historiens et de créateurs thaïlandais, à la conception de huit formes de costumes traditionnels thaïlandais, pensées pour différentes occasions.

Autrement dit : elle ne veut pas ranger la tradition dans une vitrine.

Elle veut pouvoir la porter.

Le vrai luxe est peut-être dans les détails

C’est là que l’exposition devient particulièrement intéressante.

Approchez-vous.

Regardez une broderie.

Puis une autre.

Les fils métalliques, les perles, les paillettes, les motifs qui semblent presque dessinés au millimètre…

Certaines pièces témoignent d’un dialogue particulièrement sophistiqué entre artisanat thaïlandais et savoir-faire de la haute couture parisienne.

Une robe présentée dans l’exposition, créée en 1985 par Erik Mortensen pour Balmain, associe notamment un ikat de soie mat mii et du velours à une broderie de strass, fils d’or, perles et paillettes réalisée par la maison Lesage à Paris.

Et soudain, le mot « luxe » prend une autre dimension.

Il ne désigne plus seulement une pièce spectaculaire.

Il désigne le temps passé à la fabriquer.

Derrière les robes, des milliers de mains

C’est probablement l’un des aspects les plus émouvants de l’histoire de Sirikit.

Lors de ses déplacements en Thaïlande, la reine découvre les conditions de vie des populations rurales et remarque la richesse de leurs savoir-faire artisanaux.

Elle comprend alors quelque chose d’essentiel : ces techniques représentent à la fois un patrimoine culturel et une possibilité de revenus.

En 1976, elle crée ainsi la SUPPORT Foundation, destinée notamment à organiser des groupes de femmes et à leur fournir matériel, matières premières et formations dans différents métiers artisanaux.

Tissage de la soie, broderie à la main, vannerie, orfèvrerie, confection, sculpture sur bois…

La liste est longue.

L’objectif est double : préserver des savoir-faire et permettre aux populations rurales de développer une activité complémentaire.

Et c’est ici que la garde-robe royale change complètement de perspective.

La robe que l’on admire dans un musée n’est plus seulement une création destinée à une reine.

Elle devient aussi le résultat d’une chaîne de savoir-faire.

La soie thaïlandaise sort de l’ombre

Sirikit joue également un rôle majeur dans la promotion de la soie thaïlandaise.

Elle encourage les tisserands à améliorer leurs techniques et la qualité de leurs tissus pour répondre aux attentes du marché. Lors de ses voyages à l’étranger, elle utilise aussi ses apparitions officielles pour présenter les textiles et productions artisanales thaïlandaises.

La soie mat mii, les brocarts, les tissus teints et les étoffes tissées à la main trouvent ainsi une nouvelle visibilité.

Le gouvernement thaïlandais a d’ailleurs institué le 12 août, date anniversaire de Sirikit, comme Journée nationale du textile thaïlandais, en reconnaissance de son action en faveur de la préservation et de la promotion des textiles traditionnels.

Ce n’est donc pas un hasard si la soie occupe une place aussi importante dans l’exposition.

Quand une robe devient une ambassadrice

Aujourd’hui, nous avons les réseaux sociaux.

Une personnalité porte une robe et, quelques minutes plus tard, les photographies font le tour du monde.

Dans les années 1960, le mécanisme était différent.

Mais l’idée était déjà là.

Une robe pouvait devenir une image du pays.

Lorsque Sirikit porte des textiles thaïlandais lors de ses déplacements officiels, elle ne présente pas seulement une silhouette élégante.

Elle montre une matière. Un motif. Une technique. Une culture.

Elle donne une visibilité internationale à des créations qui viennent parfois de communautés rurales.

La mode devient alors un formidable outil de transmission.

Paris rencontre Bangkok

C’est sans doute ce qui rend cette exposition particulièrement intéressante à Paris.

Car elle ne raconte pas une histoire à sens unique.

Elle raconte une rencontre.

La Thaïlande apporte ses textiles, ses traditions et ses savoir-faire. Paris apporte son vocabulaire couture.

Puis les deux se mélangent.

Le parcours montre notamment comment le dialogue avec Balmain s’est poursuivi avec les maisons Balmain et Lesage.

Le résultat est parfois spectaculaire, parfois délicat, parfois étonnamment moderne.

Et l’on comprend alors que moderniser une tradition ne signifie pas nécessairement l’abandonner.

Cela peut aussi vouloir dire lui permettre de continuer à vivre.

Une exposition qui raconte aussi une histoire franco-thaïlandaise

Impossible enfin de ne pas replacer cette exposition dans son contexte.

« La Mode en majesté » s’inscrit dans les célébrations du 340e anniversaire de la première relation diplomatique entre la France et le Siam et du 170e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la France et la Thaïlande.

La présence de Pierre Balmain dans cette histoire prend alors une autre dimension.

Il ne s’agit plus simplement d’une collaboration entre une reine et un grand couturier.

Il s’agit d’un dialogue culturel entre deux pays, raconté à travers des vêtements.

Et c’est peut-être ça, le plus beau dans cette exposition

On entre pour les robes.

On reste pour les détails.

Et l’on repart avec une autre idée du vêtement.

Car derrière une robe royale, il peut y avoir une région entière.

Derrière une étoffe, une technique.

Derrière une broderie, des heures de travail.

Et derrière une collection de vêtements, la volonté d’une reine de faire en sorte que les savoir-faire de son pays ne deviennent jamais de simples souvenirs.

Au Musée des Arts Décoratifs, les robes de Sirikit brillent derrière leurs vitrines.

Mais si l’on s’attarde un peu, on comprend que leur véritable luxe est peut-être ailleurs.

Dans les milliers de mains qui leur ont donné vie.

Pourquoi aller voir l’exposition ?

👑 Pour la garde-robe royale, évidemment.

🧵 Pour les textiles et les broderies, qui méritent de s’observer de très près.

🇹🇭 Pour découvrir une autre histoire de la mode thaïlandaise, entre tradition et modernité.

🇫🇷 Pour comprendre le rôle de Paris et de Pierre Balmain dans cette transformation.

✨ Et surtout pour regarder autrement un vêtement : non plus seulement comme une pièce de mode, mais comme la mémoire d’un savoir-faire.

« La Mode en majesté. Haute couture et tradition à la cour de Thaïlande » — Musée des Arts Décoratifs, 107 rue de Rivoli, Paris 1er. Jusqu’au 1er novembre 2026.

Crédit Photo : EymaS


Sophie TAGEL

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Auteur : TrendysLeMag

Blog Magazine Cinéma, Loisirs, Mode et Beauté.

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