Pendant longtemps, Kappa évoquait les terrains de football, les survêtements à bandes et la culture sportive italienne. Aujourd’hui, la marque écrit un nouveau chapitre de son histoire. Avec Junya Watanabe Man, l’un des créateurs les plus respectés de la scène japonaise, Kappa franchit une nouvelle étape : celle où le sportswear patrimonial devient un véritable objet de mode.

Plus qu’une simple collaboration, cette collection Printemps-Été 2027 raconte l’ascension d’une tendance devenue incontournable : le blokecore.
Quand le football inspire les podiums

S’il fallait résumer la mode masculine actuelle en un mot, ce serait sans doute authenticité.
Après plusieurs saisons dominées par le luxe discret (quiet luxury), les créateurs redécouvrent le pouvoir des vêtements populaires : maillots de football, survêtements, casquettes de baseball, chaussures de salle et vestes techniques.
Cette esthétique porte un nom : blokecore.
Née sur les réseaux sociaux puis adoptée par les fashion weeks, elle s’inspire du supporter britannique des années 1990 : jean droit, maillot vintage, veste de sport et sneakers portées sans recherche apparente. Ce qui était autrefois un uniforme de tribune devient aujourd’hui une silhouette sophistiquée.
Le football n’est plus seulement un sport. Il est devenu un vocabulaire stylistique.
Kappa, l’une des marques les plus légitimes
Toutes les marques de sport ne possèdent pas la même crédibilité.
Fondée en Italie en 1967, Kappa appartient à cette génération d’équipementiers qui ont façonné l’imaginaire collectif européen.
Son célèbre logo Omini, représentant un homme et une femme assis dos à dos, est immédiatement reconnaissable.

Dans les années 1980 et surtout 1990, la marque accompagne les plus grands clubs européens et s’impose rapidement dans les rues.
Les bandes Omini Banda, répétées à l’infini le long des pantalons et vestes, deviennent une signature visuelle aussi identifiable que les trois bandes d’Adidas ou le Swoosh de Nike.
Aujourd’hui, cette identité graphique retrouve une seconde jeunesse grâce à la nostalgie des années 1990 et 2000.
La génération Z ne porte plus Kappa par souvenir.
Elle la porte parce qu’elle raconte une histoire.
Junya Watanabe, l’alchimiste du vêtement
Chez Comme des Garçons, Junya Watanabe s’est imposé comme l’un des créateurs les plus fascinants de sa génération.
Son travail consiste rarement à inventer de nouveaux vêtements.
Il préfère déconstruire ceux que tout le monde connaît.
Un Levi’s, une veste Carhartt, une paire de New Balance ou une pièce militaire deviennent sous son regard des objets hybrides où se rencontrent artisanat japonais, innovation textile et précision architecturale.

Sa collaboration avec Kappa suit exactement cette logique.
Le sportswear entre dans une nouvelle dimension
La capsule dévoilée à Paris ne cherche jamais à faire oublier Kappa.
Au contraire.
Elle sublime son héritage.
Les célèbres bandes Omini glissent le long de pantalons volontairement très amples.

Les ensembles techniques se portent avec des chemises rayées et des cravates.
Les survêtements deviennent presque des costumes.
Les silhouettes jouent avec les volumes, les proportions et les superpositions.
Des chaînes métalliques, des colliers de perles et des casquettes de baseball richement décorées viennent perturber les codes du sportswear traditionnel.
Le résultat est étonnamment fluide.
L’univers du football dialogue avec celui de la couture sans jamais perdre sa crédibilité.
La revanche du vêtement populaire
Cette collaboration illustre une transformation profonde de la mode contemporaine.
Pendant longtemps, le luxe cherchait à se distinguer des vêtements du quotidien.
Aujourd’hui, il les célèbre.
Les survêtements deviennent des pièces de collection.
Les maillots de football s’invitent aux premiers rangs des défilés.
Les casquettes des franchises américaines remplacent parfois les accessoires traditionnels du luxe.
Cette évolution est portée par une génération qui ne voit plus de frontière entre culture populaire et haute création.
Pourquoi cette collaboration est importante

Kappa ne signe pas simplement une capsule de plus.
La marque confirme son retour dans le paysage mode.
Après avoir retrouvé une visibilité grâce au retour du vintage et à l’explosion du blokecore, elle s’associe à l’un des créateurs les plus influents de la scène internationale.
Pour Junya Watanabe, l’intérêt est tout aussi évident.
Kappa possède ce que recherchent aujourd’hui les grandes maisons : une véritable histoire, une identité immédiatement reconnaissable et une forte dimension émotionnelle.
À une époque où les consommateurs recherchent l’authenticité autant que le style, ce patrimoine devient une matière première précieuse.
Plus qu’une tendance, une nouvelle culture
Le succès du blokecore dépasse largement les podiums.

Il traduit une évolution plus profonde de notre rapport au vêtement.
Le football est devenu une culture mondiale.
Les archives des équipementiers sportifs intéressent désormais autant les collectionneurs que les amateurs de mode.
Les collaborations entre créateurs et marques patrimoniales ne cherchent plus seulement à créer un effet de surprise : elles racontent des histoires.
En réinterprétant l’iconique Omini Banda, Junya Watanabe ne modernise pas simplement un survêtement. Il rappelle qu’un vêtement peut traverser les décennies, changer de contexte, séduire une nouvelle génération et continuer à incarner son époque.
Kappa n’est plus seulement une marque de sport. Elle s’affirme comme l’une des références culturelles majeures du retour du sportswear premium, là où patrimoine, mode et identité populaire ne font désormais plus qu’un.
Sophie TAGEL